" IL REVENAIT DE CHICAGO, PAPA "
Elle a quatre ans. Il revient de Francfort.
Papa-maman je peux me mettre dans le lit entre vous deux ?
Maman gronde en riant, Voilà une petite Nanou qui veut me faucher mon mari.
Papa se redresse, empoigne la quémandeuse. Et hop, elle est sous les draps.
J'ai faim, je vais te manger.
Dit-il (papa).
Non dit maman. Sois raisonnable. Tu n'oserais tout de même pas me croquer ce bébé. Je cours te chercher ton petit déjeuner.
Contre le flanc de papa, des bulles au coin des lèvres, les cheveux dans les yeux. Parfum chaud des croissants sortant du four, vapeur embaumée du chocolat bouillant. Les doigts de papa chatouillent dans le cou. Délices.
*
Elle a huit ans. Il revient du Japon. Il a rempli son carnet de commandes. Il va pouvoir offrir de belles vacances à ses deux femmes.
Dit-il.
Papa maman je peux me mettre -
Le lit grince un instant. Les draps sont tièdes et fleurent doux le sommeil.
Tu es comme un bonbon, on aurait envie de te lécher.
Dit-il.
Maman n'a pas entendu. Maman à présent est dans la cuisine disposant sur un plateau les toasts le beurre le pot de miel.
Nanou tend la joue, Lèche, j'aimerais bien. Les petites filles ont le goût de framboise j'ai lu ça dans un livre.
Il dit (papa), je tiens dans mes bras une Nanou qui déjà découvre la vie.
Pas Nanou. je suis plus un bébé. Maintenant que j'ai grandi faut m'appeler Anne, c'est mieux.
*
Elle a douze ans. Il revient de l'Illinois.
Il a signé un contrat important. Il dit, Ça marche les affaires, l'argent ne manquera pas pour l'éducation d'Anne, ses loisirs ses plaisirs.
Il est rentré la veille au soir. Ce matin il s'attarde au lit. Maman s'est levée tôt afin d'aller préparer le petit déjeuner de grand-mère. Grand-mère habite la maison d'à côté. Maman a dit, Je serai de retour dans une heure.
Papa, dit Anne, tu veux que je te fasse du café ?
Ça peut attendre, dit papa. D'abord viens près de moi. Pour notre câlin du dimanche matin quand je rentre de voyage. Je t'ai rapporté un cadeau. Viens, tu vas jouer à deviner ce qui est caché dans ma valise.
Il dit (papa), je te trouve si jolie en nuisette. Ma Nanou je t'adore. Mais tu n'aurais pas déjà un amoureux ? Serrons-nous très fort et raconte.
Dit-il. Papa.
Ses doigts tripotent. Ici et là. Sous la nuisette. (...)
Annie Saumont, " Il revenait de Chicago ", Les voilà quel bonheur, 1993.
je ne pensais pas qu'en lisant cette nouvelle, je pouvais pleurer. NO COMMENT